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150e anniversaire d'Arcachon - 064 - Un journaliste en prison

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150e anniversaire d'Arcachon

Chronique n° 064


Un journaliste en prison.

* * *

Deux hommes en guerre : voilà ce qui marque la vie publique d'Arcachon durant toute sa première décennie d’existence. En cause : deux adversaires farouches ; d’un côté, Adalbert Deganne, l’ingénieur - propriétaire, très lié aux Pereire et, de l’autre, Alphonse Lamarque de Plaisance, beaucoup moins propriétaire mais premier magistrat de la ville, nommé par Napoléon III. Leurs titres respectifs ne peuvent donc qu’entraîner entre eux une farouche rivalité, pour le contrôle politique de la cité.

 

Le conflit explose lorsque Lamarque, usant de ses bonnes relations avec le pouvoir napoléonien, s’oppose aux frères Pereire, pourtant bien en cour. Voilà qu’ils veulent faire de Deganne un chevalier de la Légion d’Honneur, afin qu’il reçoive sa croix, le jour même de l’arrivée du chemin de fer à Arcachon, ce fameux 26 juillet 1857 ! L’affaire échoue et Deganne, pas plus que les Pereire, ne pardonneront à Lamarque d’avoir réussi son intrigue. C’est la guerre qui éclate entre eux, d’autant plus vive que Deganne ne figure pas parmi les élus de la première municipalité, une décision qui tient du principe de la bombe à retardement.

 

La preuve : les hostilités, jusque là plus ou moins larvées, éclatent vraiment le 1è avril 1861, avec la grosse affaire du boulevard de ceinture. Lamarque veut en tracer un qui relie Eyrac au quartier de la future ville d’hiver. Un chemin qui a le grand tort de traverser une large part des propriétés de Deganne et qui perturbe son plan urbain en étoile, aussi majestueux que fort à la mode, à l’époque. Deganne, donc, refuse d’offrir des terrains pour le boulevard municipal. Lamarque se fâche : ainsi disparaissent, dit-il au conseil municipal, "les espérances qu’on avait conçues de voir tous les propriétaires traversés - il y a en a deux autres - céder gratuitement leurs terrains pour le passage de cette voie qui doit apporter une plus value considérable à leurs immeubles".

 

Aussitôt, Deganne voit rouge et il réplique par une plaquette intitulée "Quelques notes à propos du boulevard de ceinture". Des notes qui sont de véritables coups de massue contre Lamarque. "Votre boulevard ne sera qu’un sentier à travers les pins tracés avec l’intelligence qui a dirigé l’établissements des voies que vous avez faites entre la mairie et la Chapelle". Une allusion au fait que Lamarque et son conseil, jugeant les travaux trop onéreux, ont refusé d’empierrer les mille mètres de route que Deganne aurait offerts dans ce lieu, à condition qu’ils mesurent vingt-cinq mètres de large, ce qui est jugé trop grandiose par Lamarque mais qui aurait donné, on le voit bien aujourd’hui où il faut la rebâtir, une autre allure à la partie centrale de la ville.

 

Deganne continue son bombardement. En voici un premier florilège : "Votre mairie sert de marché municipal ; son escalier ressemble à celui d’un pigeonnier ; on trouve la pancarte “charcuterie” à côté de l'inscription “mairie” ; votre garde-champêtre ne sert que de facteur pour vos courses !". Suivent des accusations plus graves : "Votre municipalité est composée d'incapables notoires , puisqu'il faut démolir toutes vos bornes fontaines, votre pompe moulin à vent et votre château d'eau. C'est un échec complet !". S’y ajoutent des accusations de lâcheté. "Vous subventionnez le “Journal d'Arcachon”, mais vous laissez mettre en prison Jean Lacou, le gérant du “Phare d’Arcachon”, votre adversaire". Effectivement, M. Lacou est jeté aux fers, pendant tout le mois d’avril 1859, pour avoir osé traiter d'économie sociale et politique, alors qu’il n’est pas cautionné. Un bel exemple de l'autoritarisme de l’Empire !

 

Et Deganne de porter le coup d'assommoir, en rappelant tout ce qu’il a réalisé dans Arcachon, "alors que la municipalité de M. Lamarque a laissé, d'une part à l’abbé Mouls et, d’autre part, à M. Célerier, le soin de financer entièrement la construction des églises Notre-Dame et Saint-Ferdinand". On se doute bien que Lamarque ne va pas en rester là. C’est une autre histoire.

A suivre...

Jean Dubroca

Chronique sur Radio Côte d'Argent - 90,4 Mhz

(mercredi 25 avril 2007)

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Date de création : 08/06/2007 • 10:45
Dernière modification : 12/07/2007 • 14:46
Catégorie : 150e anniversaire d'Arcachon
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