Histoire en Buch

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0717 - Fontaine Saint-Jean de Lamothe - 2 (Le Teich)

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La fontaine St-Jean de Lamothe

et

" Le culte des chiffons "

 

A propos de la fontaine St-Jean de Lamothe, Edouard Harlé, ancien archiviste de l'Académie des Sciences, Arts et Belles Lettres de Bordeaux, a évoqué un prétendu « culte des chiffons ».

 

Il est vrai, notons-le, tout d'abord, qu'il existe en Algérie la coutume dont il parlait le 21 octobre 1917, dans le « Bulletin Société Préhistorique Fran­çaise » (j'ai pu le voir moi-même en Afrique du Nord au moins), d'accrocher aux tombeaux des marabouts ou saints musulmans, sur leur cercueil ou à la grille qui les abrite, ou encore aux buissons voisins, des chiffons ou des sortes de rubans. M. l'Abbé Pique, ami et collaborateur de l'Abbé Labrie, me confirmait cela en se rappelant qu'il avait vu à Salonique, pendant la première guerre, la grille d'un tombeau de musulman vénéré, à laquelle on accrochait ainsi des rubans et des lies de couleurs. Je sais aussi un tombeau ou « Koubba » de marabout près d'Oran, auquel les femmes enceintes ne venaient pas chercher de l'eau, mais de la terre rouge pour s'en barbouiller les organes (ce qui, entre parenthèses, aggravait, m'a-t-on dit, et nous le croyons volontiers, leur maternité).

 

Lors d'un voyage à Ephèse, en Turquie d'Asie, en 1968, au-dessus et au sud des ruines de la ville antique, j'ai aussi rencontré une source fréquentée par les chrétiens orthodoxes surtout et les musulmans également. Ils viennent honorer la Vierge Marie dans une chapelle restaurée sur les ruines, dit-on, de la maison où elle mourut et nommée « La Panaghia Kapouli », la « Maison de la toute Sainte ». Tout à côté en contrebas coule une source appelée « Fontaine de Myriam » : des chiffons humides pendent à la paroi, laissés là par les pèlerins après l'usage qu'ils en ont fait pour obtenir une guérison.

 

Edouard Harlé parle d'une fontaine près de Bagnères-de-Bigorre, « la Houn de las segues » (source des haies ou des ronces), où il n'y a pas de culte de saint, actuellement du mois, mais où il a vu sur les branches d'un buisson voisin des chiffons blancs en forme de ruban simplement posés ou noués autour des branches. L'eau de source était, dit-on, souveraine pour la cicatrisation rapide des blessures et des ulcères ; elle guérissait aussi les maux d'estomac, les rhumatismes, etc. Pourquoi les malades suspendaient-ils ces chiffons ? C'était, lui assurait-on, pour obtenir de la source qu'elle guérît leurs plaies. « Ils le lui doivent, ajoutait-on, puisqu'elle les guérit » Là, de fait, tous les chiffons étaient suspendus aux buissons.

 

A la Source de Craste, dans la vallée de Lhéris, près de Bigorre égale­ment, il y a vu des chiffons, mais à terre et non sur les branches ; on les avait jetés après s'en être servi pour arroser des plaies avec l'eau de cette source, qui passait pour favoriser leur cicatrisation : il n'y avait là, lui dit-on, aucune pratique superstitieuse.

 

Il parlait d'autres sources des Landes et de celle de Sanguinet, la « Hount Sant » (à un kilomètre à l'est). En réalité, il y a deux sources saintes, celle de Sainte-Rose et celle de Saint-Basile. A cette dernière, il vit des chif­fons : Pourquoi les mettait-on ? Les uns répondaient : par superstition ; les autres : pour s'en débarrasser après les avoir employés à laver les plaies. A Sainte-Rose, il trouva une fois quarante chiffons et trente chapelets déposés là pour obtenir guérison ; mais « les plus généreux, note-t-il, préfèrent donner à l’église une chemise ou serviette du malade ou bien mettre quelques sous dans le tronc. »

 

Y A-T-IL EU SUPERSTITION A LAMOTHE ?

 

Dans une quatrième et dernière communication, Edouard Harlé parlant enfin de notre fontaine de Lamothe, en revient à l'idée de superstition, car, dit-il, « j'ai souvent visité cette source depuis une quinzaine d'années et je n'y ai jamais vu une goutte d'eau. . . Malgré ce manque total d'eau, j'ai constaté dernièrement la présence d'une dizaine de chiffons, les uns noués autour des barreaux de la niche, d'autres à terre, aux environs. Ces chiffons, conclut-il, à la hâte et à tort, ne sont pas des linges que l'on a jetés après s'en être servi pour laver des plaies, puisqu'il n'y a pas d'eau. Ainsi est évi­dent le fait que les chiffons ont été mis au bord de la source pour obtenir du saint qu'il provoque la guérison du mal ».

 

Je ne veux pas par bon coeur défendre, à priori et inconsidérément, la mentalité des habitants du Teich, en jurant et affirmant qu'il n'y avait aucune superstition chez eux, mais simplement défendre la réalité des faits constatés par moi-même.

 

Tout d'abord, le manque « total » d'eau à la fontaine St-Jean n'était pas vrai à l'époque. Depuis le creusement du ruisseau voisin ou « craste », une source a jailli en amont de la fontaine et a confisqué l'eau de la nappe presque entièrement. Il y avait et il y a encore parfois quelque suintement dans le fond récuré et à l'époque 0 m 20 au moins ; mais cela par intermittence : ce qui n'empêchait pas les gens de venir avec l'espoir de s'y laver ou humec­ter les parties malades.

 

Ce n'est plus le temps où l'eau coulait abondamment par le petit canal voûté que j'ai retrouvé sous terre, d’où elle glissait sur la rigole retrouvée également devant. Ce n'est plus le temps où les trains des pèlerins de Lourdes s'arrêtaient pour renouveler leur réserve d'eau au réservoir de la gare de Lamothe (démolie récemment) et permettaient aux passagers un rapide et dernier pèlerinage à Saint-Jean et à sa fontaine après celle de Notre-Dame.

 

Une brave vieille de 80 ans disait être allée, il y a une cinquantaine d'années au moins, cherche de l'eau pour laver le mal de son fils : « Je n'en ai pas trouvé dans la fontaine, alors j'en ai pris à côté (?) », c'est-à-dire, m'a-t-elle expliqué, dans la craste qui coule à côté à cinquante mètres environ. Il est en effet naturel que l'eau du ruisseau ait le même effet que la fontaine dont elle a confisqué la nappe ferrugineuse. De fait, l'enfant fut guéri le len­demain par des applications humides.

 

Une autre m'a raconté la guérison de son petit-fils atteint du mal blanc. Ces personnes jetaient le linge ou le laissaient là sur place après s'en être servi pour s'en débarrasser, petit linge ou mouchoir. Certains se contentaient de recueillir même avec le linge la rouille humide qui persistait dans le fond de la fontaine à sec. Le soir même, ou le lendemain, on obtenait la guérison. Rien là de miraculeux, semble-t-il, malgré l'expression rapportée par le Docteur Peyneau. Rien d'instantané, de soudain, comme ce qui constitue le miracle à Lourdes, par exemple. C'est le soir même, me disait ce jeune homme guéri du mal blanc ou d'une affection cutanée, que la croûte commençait à se détacher. L'oxyde (ou peroxyde) de fer que l'eau de source cueille dans l'alios à quelques dizaines de centimètres de profondeur est efficace pour ces maux-là, les plaies, les suppurations, ulcères, etc.

 

SOURCES SPÉCIALISÉES !

 

Du fait que j'ai cité la brave femme puisant de l'eau à côté de la fontaine Saint-Jean et obtenant le même effet, je rapproche l'autre cas, cité par Harlé, des trois sources d'Ychoux : celle de Notre-Dame, de Saint-Jean et de Sainte-Rose. Chaque source est spécialisée, croit-on. Comment donc savoir laquelle des trois doit guérir le mal, plaie, ulcère ou bouton ? C'était simple, à l'époque du moins : on s'adressait à une vieille femme bien choisie, qui conjurait en allumant à la fois trois petits cierges en cire d'abeilles, dont chacun correspondait à l'une des sources : celui des trois qui survivait aux deux autres était celui de la source dont il fallait puiser.

 

Harlé cite un autre cas amusant au sujet de la fontaine Sainte-Basile de Sanguinet dont j'ai déjà parlé.

 

« Quand mon fils était petit enfant, lui dit une vieille femme, il lui est venu une mauvaise plaie à la figure ; ]'ai pensé que c'était le mal de Saint-Basile et j'ai été chercher de l'eau à la source Saint-Basile dans un petit flacon. J'ai lavé la plaie avec cette eau trois jours de rang. Le premier jour, la plaie a blanchi ; le second, elle a diminué ; le troisième, elle a disparu. ». Mais elle ajoutait tristement, la pauvre vieille : « Mon mari (il n'était plus jeune) est très malade. Je l'ai lavé avec de l'eau de la source de Saint-Basile et de toutes les sources du pays, mais cela ne lui a rien fait. Par malheur, je ne sais pas de quel saint est son mal.

 

D'après Gustave Labat, dans « Le vieux La Teste », la tradition voulait que les jeunes filles qui buvaient de l'eau de la fontaine se mariaient dans l'année.

 

J'ajoute en terminant qu'à Lamothe, on avait la dévotion reconnaissante, car on mettait une offrande dans un tronc qui existe toujours dans la mar­gelle du puits, où j'ai relevé le chiffre 1700. Cette dévotion ou marque de reconnaissance envers le saint disparu, ou le curé protecteur peut-être, qui ne passe que bien rarement, s'est conservée, semble-t-il, puisque j'ai rencon­tré et laisse en place une vieille pièce de 5 francs en aluminium !

 

Souhaitons de trouver des monnaies plus intéressantes comme celle de l'impératrice Faustine, la jeune femme de Marc-Aurèle (125-175), trouvée à Lamothe, près de l'ancienne station du chemin de fer, au chalet « Saint-Hubert », près de deux colonnes romaines.

 

Abbé BOUDREAU.

 

Extrait du Bulletin n°7 de la Société Historique et Archéologique d’Arcachon et du Pays de Buch (1er trimestre 1976)